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On ne connaît exactement ni l'année ni le
lieu de naissance de Bruegel.
Les registres d'état civil n'existaient pas, les registres
baptistaires constituaient une exception. C'est en 1551 que le
nom de " Peeter Brueghel " apparaît pour le première
fois noir sur blanc. Cette année-là, il est reçu
maître à la guilde de Saint-Luc à Anvers.
Les nouveaux maîtres étant généralement
âgés de 21 à 26 ans, Bruegel
pourrait être né entre 1525 et 1530. Pour
mieux le situer : 50 ans avant Rubens
(1577), 80 ans avant Rembrandt (1606).
On suppose que Bruegel était
originaire de Breda ou d'un village proche dont le nom a la même
consonance que celui du peintre. Par deux fois, il s'installa
dans des villes particulièrement prospères, tout
d'abord à Anvers, puis à Bruxelles, où résidaient
les gouverneurs espagnols de la maison de Habsbourg.
Anvers,
dont l'expansion était la plus forte d'Europe, était
devenu le nouveau centre économique et financier du monde
occidental, un point de rassemblement pour les marchands de nombreux
pays. C'est la découverte d'une voie maritime vers l'Asie,
contournant l'Afrique et d'une autre vers l'amérique, traversant
l'Atlantique, qui a provoqué l'essor de cette ville - Les
anciennes voies commerciales traversant la méditérannée
perdirent de leur importance au profit des ports de la côte
Atlantique. L'emplacement d'Anvers s'avérait également
fort avantageux pour des communications nord - sud : la soie et
les épices arrivaient d'Orient, les céréales
des pays de la baltique. A ces produits venaient s'ajouter la
laine de la proche Angleterre. Les artistes et les artisans profitaient
eux aussi de la vente des marchandises et de cette circulation
monétaire au rythme effréné. 360 peintres
auraient travaillé à Anvers en 1560, un chiffre
énorme pour l'époque. Si l'on considère que
la ville comptait 89000 habitants en 1569, cela signifie qu'en
moyenne, un habitant sur 250 était peintre. Pendant plusieurs
siècles, il n'exista pas au nord des alpes de meilleur
endroit pour les peintres que la ville d'Anvers.
Toutefois, leur très grand
nombre les rendait aussi particulièrement vulnérables
en temps de crise. Un ralentissement passager de l'économie
aurait causé le départ de Bruegel
pour l'Italie en 1552. Les sources littéraires font défaut
mais les esquisses, dessins et tableaux du maître témoignent
de ce voyage. Presque tous les artistes de sont temps effectuaient
à pied et à cheval l'itinéraire Venise-Florence-Rome
pour se former aux tableaux des maîtres italiens et surtout
pour étudier les uvres de l'antiquité. En
tant que " romanistes ", plusieurs de ces peintres flamands
rapportèrent dans le nord les idées et les idéaux
de la Renaissance. Bruegel
n'en fait pas partie. Il retourna à Anvers en 1554 et y
demeura jusqu'en 1562.
Anvers
était devenue une ville champignon : cela dut certainement
angoisser un grand nombre de ses habitants. L'homme du XVIème
siècle vivait communément dans une petite paroisse
dont il avait vite fait le tour. Le nombre des habitants restait
stable et tout le monde se connaissait. Il n'en était pas
ainsi dans la métropole commerciale. De 1500 à 1569,
la population d'Anvers varia
presque du simple au double. La ville comptait environ un millier
d'étrangers qui évidemment parlaient une autre langue
et avaient des murs différentes. Ces étrangers
étaient considérés avec méfiance.
Le sentiment d'incertitude et d'inquiétude était
en outre renforcé par la disparition de l'unité
de l'Eglise, les catholiques côtoyant désormais les
calvinistes, les luthériens et les anabaptistes. On avait
ainsi une société " multiculturelle "
dans laquelle il devenait difficile de s'entendre, surtout dans
le domaine religieux.
Les contemporains de Bruegel
trouvèrent une explication à leur situation inhabituelle
dans le livre de la Bible relatant la construction de la tour
de Babel (Génèse 11) : le roi Nemrod voulait bâtir
une tour dont le sommet atteindrait les cieux ; Dieu aux yeux
duquel cet édifice représentait la démesure,
l'orgueil des hommes, les punit en introduisant la diversité
des langues. Se trouvant dès lors dans l'impossibilité
de se comprendre, les ouvriers se dispersèrent, laissant
l'ouvrage inachevé.
Bruegel a réalisé
trois versions sur le thème de la tour babylonienne. La
Tour de Babel (1563 salle Orthelius)
et La Petite
Tour de Babel (vers 1563 salle
Orthelius) sont situées en Europe, l'une se trouve
à Vienne, l'autre à Rotterdam. Par deux fois, il
a reproduit un édifice dont l'impression picturale est
grandiose : jamais encore, un peintre n'était parvenu à
rendre de façon si concrète la grandeur de la tour
qui transcende toute dimension humaine.
Dans ces deux tableaux, Bruegel
montre les travaux de construction, non pas comme un événement
lointain, mais comme une entreprise contemporaine qu'il décrit
avec une profusion de détails réalistes. Il choisit
par exmple comme terrain de construction un lieu en bordure d'un
fleuve, sachant pertinemment que le transport des marchandises
de gros tonnage comme les pierres s'effectue par voie fluviale.
Bruegel représente
les appareils de levage avec un soin méticuleux : dans
la toile de Vienne, une immense grue apparaît sur l'une
des rampes, à l'intérieur de la roue avant, on aperçoit
trois hommes qui s'emploient à la faire tourner tandis
que trois autres - invisibles cette fois-ci - actionnent la roue
arrière. Ce dispositif permettrait de soulever des blocs
de pierre pesant plusieurs tonnes. Les piliers contreboutants,
utilisés pour soutenir la pression des murs sur les côtés,
n'étaient pas inconnus du peintre qui les avait déjà
remarqué dans la construction des cathédrales gothiques.
Sur les rampes qui déroulent leur spirale jusqu'au sommet
de la tour, il a placé plusieurs cabanes absolument conformes
à la réalité des chantiers de l'époque
: en effet, chaque corporation ou association d'artisans possédait
sa propre cabane sur son lien de travail.
Dans le tableaux de Vienne, une
ville s'étend aux pieds de cet édifice qui part
à la conquête des nuages. Elle constitue l'un des
rares paysages urbains représentait par Bruegel.
Au premier plan, Nemrod inspecte le travail des tailleurs de pierre.
L'un d'eux s'est agenouillé et se prosterne devant lui.
En Europe, les sujets ne fléchissaient qu'un genou en présence
du monarque, cette révérence où les deux
genoux touchent la terre est le seul indice fourni par Bruegel
qu'il s'agit d'un roi oriental.
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